Crise de l’agriculture : il faut tenter d’en sortir par le haut !


Salon agricultureLa crise qui touche plusieurs secteurs de l’agriculture (élevages bovin, porcin, production de lait) laisse un sentiment mitigé. D’une part, 70% de nos compatriotes soutiennent les manifestations (pourtant violentes, parfois même choquantes) où s’expriment la colère et le désespoir d’exploitants qui s’estiment victimes (du gouvernement, de la grande distribution, de l’industrie agro-alimentaire,…).
D’autre part on peut s’interroger sur leur propre responsabilité.

Car cette crise n’est pas nouvelle. Elle plonge ses racines dans l’histoire tumultueuse de la politique agricole commune (PAC) de l’UE.
Sans rentrer dans l’extrême complexité des mécanismes communautaires de cette PACPAC_politique-agricole-commune (dont il faut souligner qu’elle représente plus de 40% du budget de l’UE !), rappelons qu’elle a été mise en place en 1962, avec notamment pour objectif d’accroître la productivité et d’assurer un niveau de vie équitable aux agriculteurs (face à l’instabilité des marchés).
Il en est résulté un accroissement important de la production, plaçant l’Europe en tête, au niveau mondial, de nombre de productions (céréales, lait, etc.) et une élévation notable (quantitative et qualitative) du niveau de vie des agriculteurs.
Mais, au fil du temps, des polémiques (les « gros chèques » à Albert de Monaco et à la reine d’Angleterre, le tonitruant « I want my money back » de Margareth Thatcher,…), de l’élargissement de l’Union, de la mise en place de l’OMC, les règles ont évolué pour intégrer davantage la durabilité, le développement rural et… la sacro-sainte compétitivité.

Au final, toute cette mécanique d’incitation et de redistribution a poussé les agriculteurs, devenus entre-temps exploitants agricoles (les termes ne sont pas neutres), dans les bras agrobusinessd’une monoculture industrielle où ils ont perdu leur âme et leur identité. C’est sans doute là leur plus grande part de responsabilité : s’être laissé séduire, sans suffisamment de réflexion (on peut aussi incriminer leurs syndicats professionnels), par le loto de l’agro-business : toujours davantage d’investissements et donc de risques, toujours davantage de volume au détriment de la qualité, toujours davantage de pollution et d’appauvrissement des sols.
Or dans la bataille du « low cost », la France, avec son modèle social aux charges élevées, n’a aucune chance, face aux marchés émergents ou aux champions de l’industrie comme l’Allemagne. Et n’aura probablement jamais aucune chance.

Les gouvernements peuvent toujours essayer de calmer temporairement la grogne de leurs exploitants agricoles par des aménagements de charges (et encore, sous l’œil vigilant et sévère de la Commission européenne). Mais à quel prix ? Et pour quel bénéfice réel ou… électoral ?

Alors, ne serait-il pas préférable de réfléchir à une sortie par le haut ? Quelles sont les pistes ?
Certaines ont déjà été largement explorées à grande échelle. On a vu ainsi les viticulteurs du Languedoc-Roussillon se recentrer sur la qualité (rappelez-vous les « piquettes » qu’ils produisaient encore voici quelques années). On ne parle plus de crise de la viticulture.

Hands holding young plant
Ou alors mettre le cap sur l’agriculture bio. Nos concitoyens sont maintenant mûrs pour accepter de payer (un peu) plus cher pour des produits meilleurs à la fois en goût et pour leur santé. Là encore, pas de crise dans l’agriculture bio.
Une autre piste en devenir : l’agriculture qui privilégie les circuits courts. Les acteurs de cette agriculture là ne descendent pas dans la rue pour manifester
Et sans doute d’autres encore.

Sortir « par le haut » signifie : innover, raisonner en termes de rupture.
Nos « exploitants agricoles » (que, pour ma part, je souhaite voir redevenir des « agriculteurs ») en auront-ils le courage ? Nos « corps constitués » (politiques, hauts fonctionnaires, syndicalistes,…) auront-ils la volonté de les y inciter, de les y aider via des politiques audacieuses ?

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2 commentaires pour Crise de l’agriculture : il faut tenter d’en sortir par le haut !

  1. famillerobin dit :

    On est parfaitement d’accord, il faut (et on peut !) sortir par le haut. Je ne ferias pas en revanche de distinction entre la qualité et le bio 🙂 Preuve que c’est la solution : de nombreux articles récents racontent la réussite du bio : ça marche, c’est même quasiment la seule agriculture qui s’en sort. Quant aux circuits courts, ça me semble également indispensable, car face aux « exploitants agricoles » il y a des « méga distributeurs » qui cherchent eux aussi à faire de la marge… en fait ces grandes surfaces ont « ubérisé » l’agriculture, avant même que ce soit à la mode, au sens où ils ont capté la valeur à la place des producteurs. Aux producteurs de refuser ce marché de dupe et de se rapprocher du consommateur…. il y a plein de façons de le faire (la ruche qui dit oui, par ex)…
    La difficulté me semble-t-il est que ce sujet de l’agriculture (comme celui de l’énergie d’ailleurs) questionne notre « modèle »… tout le monde est « coupable » ou du moins co-responsable : le consommateur qui veut manger de la viande pas chère (et en manger beaucoup, en plus) et avoir des fruits et légumes quelle que soit la saison incite l’agriculture à baisser ses coûts et donc probablement la qualité avec… Qui est réellement prêt à changer ses modes de consommation ? Qui est prêt à aller vers plus de sobriété ? Manger moins mais manger mieux ?
    Cette monoculture est aberrante à plus d’un titre…. on appauvrit la terre, du coup on doit mettre des engrais (polluants pour la plupart), on doit transporter tout ça partout dans le monde (du coup on pollue l’atmosphère), et comme tu le dis on investit massivement et on prend des risques…
    Ceci est très bien décrit et montré dans le documentaire « Demain », fraîchement césarisé et recordman du nb de spectateurs (pas loin de 750 000 spectateurs depuis début décembre !)… je proposerais bien de le projeter dans toutes les écoles, et puis aussi dans tous les ministères, tiens !
    Entre parenthèse, toi qui aimes les bonnes nouvelles et le journalisme de solutions, je me demande comment tu peux ne pas t’être déjà rué dans les salles obscures pour le voir, et plusieurs fois encore !! 🙂

    • B. Bougel dit :

      C’est un peu facile de dire que nous sommes tous coupables. C’était peut-être vrai il y a quelques années, mais il me semble que, désormais mieux informés, nous sommes des consommateurs plus vigilants et prêts à payer plus cher une nourriture de meilleure qualité. Tout le monde ne le fera pas (que ce soit pour des raisons financières ou autres) mais il y a un marché pour une alimentation de qualité (bio ou autre).
      Quant aux « exploitants agricoles » qui veulent continuer à faire du volume, de l’industriel, ils doivent s’attendre à être au régime des industriels, c’est à dire condamnés à devenir concurrentiels, ou… mourir.

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