Le Jour d’après…


Gueule de bois… on se retrouve avec la g… de bois, groggy.
Lorsqu’on découvre que le Ministre du Budget, le pourfendeur en chef de la fraude fiscale (et, accessoirement chantre de la rigueur), est lui-même… fraudeur fiscal, parjure de surcroît.

Ce scandale (ni le premier, ni, malheureusement, le dernier) s’annonce comme l’un des plus dévastateurs de toute la Vème République.
Je ne parle pas ici des cris d’orfraie des oppositions de tous bords (et pas seulement, comme on pourrait s’y attendre, des extrêmes) qui n’hésitent pas à jeter la suspicion sur le président de la République lui-même, accusé soit d’incompétence (c’est de bonne guerre), soit de complaisance (lâchons-nous !).
Non. Je pense d’abord aux électeurs que ce scandale va renforcer dans leur opinion de « tous pourris » et pousser en rangs encore plus serrés vers l’abstention ou, pire, les extrêmes.

Tous les politiques sont vent debout, criant à la trahison. Mais parlent-ils de la fraude ou du mensonge ?
Certes, ce n’est pas bien de mentir à la représentation nationale. Mais Jérôme Cahuzac est-Menteuril le premier à mentir ?
Je ne parle pas ici des bobards « politiques » régulièrement proférés dans les discours de droite et de gauche (et souvent dénoncés par quelques sites tels que « Désintox »  – que je vous recommande) mais des mensonges destinés à cacher une vérité dérangeante. Parmi les plus emblématiques, celui d’Hervé Gaymard sur sa situation personnelle en 2005, suite à l’affaire de son appartement de fonction. Plus ancien, mais non moins grave, celui de François Mitterrand à propos des écoutes téléphoniques illégales. Et tous ceux que, fort salutairement, la presse indépendante (au premier rang de laquelle Le Canard Enchaîné, Médiapart, Rue89, Marianne) s’est fait une spécialité de débusquer et de combattre.
Non. Je parle de la fraude elle-même. Déjà inacceptable d’un citoyen ordinaire en temps ordinaire, elle est tout simplement insupportable accomplie par un élu du peuple, d’un Ministre en exercice, en pleine crise économique.

Les politiques ont donc raison d’exprimer leur indignation. Mais en faire trop (alors que la justice est en route et va faire son travail) ne risque-t-il pas de tourner à la catharsis ? Crucifier un coupable (non encore jugé de surcroît) n’est-il pas un moyen confortable de se blanchir soi-même ?
Il est permis  d’espérer que Jérôme Cahuzac soit le seul fraudeur parmi le millier d’élus qui votent nos lois (députés, députés européens et sénateurs). Mais comment en être sûr ?

AssembléeIl existe des garde-fous. Ainsi la Commission pour la transparence financière de la vie politique  est chargée du contrôle des déclarations de patrimoine de plus de 6 000 personnalités (ministres, députés, sénateurs, députés européens, principaux élus locaux et dirigeants d’organismes publics). Sur la base des déclarations des intéressés, elle est chargée de s’assurer qu’ils ne se sont pas enrichis anormalement du fait de leur fonction. Mais, outre que tous les élus ne s’y plient pas forcément (la lecture de son 15ème  rapport fait apparaître que c’est le cas par exemple de 25% des élus régionaux !), qu’il s’agit de déclaratif (Jérôme Cahuzac n’a certainement pas mentionné l’existence de son compte à l’étranger), nous sommes dans une approche comptable, qui constate après coup. Elle punit (cela reste exceptionnel tout de même) mais ne prévient pas les dérives. Elle ne contribue donc pas à l’assainissement de la vie politique.

A l’évidence il faut, notamment s’agissant des élus nationaux, et plus encore s’agissant de membres du gouvernement, être davantage intrusif.
Je propose que ce millier de personnes fassent l’objet d’une véritable enquête, dès Enquêteleur élection/nomination. Leur responsabilité est telle (vis à vis des engagements qu’ils prennent de notre part, vis à vis de l’opinion publique) qu’elle justifie à mes yeux (de citoyen et de contribuable) le coût d’une telle procédure.
De grandes entreprises publiques ou privées, travaillant dans le cadre de la Défense Nationale par exemple, diligentent ce genre d’enquête lorsqu’elles recrutent de nouveaux collaborateurs à des postes de responsabilité. Sans que cela ne choque personne.
Pourquoi pas la France ?

Il ne s’agit ni plus ni moins que de se donner les moyens de refonder la morale publique.

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5 commentaires pour Le Jour d’après…

  1. Lucienne JEAN dit :

    Je crois qu’une réforme en profondeur de tout ce qui concerne nos élus : pas de cumul de mandat ; limiter le nombre de réélection au même « poste » ; un statut de l’élu qui permette au citoyen ni retraité, ni « profession libérale  » ni rentier d’être élu ; réduire le train de vie des élus et leurs indemnités et retraites ; réduire aussi ce qu’on est autorisé à dépenser pour se faire élire.
    Ces réformes « infaisables » éviteraient; à nos élus d’avoir la « grosse tête » et de prendre de mauvaises habitudes !
    Cela n’empêcherait pas, bien sûr, un chirurgien esthétique de gagner trop d’argent (et le plus souvent sur la bêtise humaine qui pousse les chauves à vouloir des cheveux ou celles qui ont des gros seins à en vouloir des petits ou l’inverse…) et il continuerait sans doute à ne pas vouloir payer sur ce « trop » la part qui revient à l’impôt !
    Mais cela l’empêcherait d’être élu trop longtemps et permettrait à d’autres, moins riches, de l’être à sa place.

  2. jerome cazes dit :

    Tout à fait d’accord pour une « accréditation » systématique, par un organe indépendant (lequel ? On a sûrement des tas de problèmes constitutionnels derrière lesquels certains pourront s’abriter…).
    Pour la remarque de Philippe, il est vrai que les états ne savent plus percevoir l’impôt, mais la France n’est pas particulièrement isolée dans son inquiétude : les Etats-Unis sont bien plus féroces dans la poursuite de la fraude fiscale, sur le territoire national et à l’étranger. Et dès lors que les intérêts privés se sont internationalisés, quelle internationalisation de l’intérêt général ? La fraude engendre la concurrence fiscale, qui engendre le délitement de tous les outils collectifs, actuellement assis sur des bases nationales.
    Jérôme

  3. HP SOULODRE dit :

    En effet, pour exercer certaines responsabilités en matière de Défense Nationale, il faut être « habilité ». Plusieurs niveaux d’habilitations sont requis en fonction de l’impact possible d’une déviance de l’individu dans sa mission, dans son poste…

    Par exemple, on peut être habilité SECRET DEFENSE ou bien encore CONFIDENTIEL DEFENSE.….

    Pourquoi un citoyen devant une responsabilité exécutive publique au plus hauts niveaux ne serait-il pas soumis, lui aussi, à une telle habilitation ?

    Une procédure, simple, de ce genre, aurait permis d’éviter la dérive du ministre du Budget et à la France, le ridicule !

    • tixier philippe dit :

      Que Jérôme Cahuzac ait menti sur sa détention d’un compte en Suisse, c’est bien clair, et cela soulève des torrents d’indignations, et pour cause.
      Mais « blanchiment de fraude fiscale » ! on frise le ridicule…
      Pourquoi donc de l’argent gagné en Suisse par une activité de Jérôme Cahuzac en Suisse serait il imposable en France ? a t on réfléchi à cette stupidité ?

      Ce torrent d’opprobres envers Cahuzac cache (mal) la turpitude collective.
      Relisons donc cette magnifique fable de La Fontaine, « Les animaux malades de la Peste »:

      « …manger l’herbe d’autrui, quel crime abominable !
      seule la mort était capable d’expier son forfait… ».

      Tous pourris, peut être, mais c’est trop facile
      Comme le soulignent déjà plusieurs observateurs (qui réfléchissent un peu) :
      la mondialisation de fait de l’économie rend la prétention de souveraineté fiscale des Etats de plus en plus ridicule, en particulier la souveraineté française…
      la France, seul pays en Europe à avoir encore l’ISF, seul pays au monde à garder des parts réservataires dans les successions, seul pays au monde à vouloir taxer à 75 % les revenus élevés, etc

      quand donc nos politiques vont ils comprendre qu’on ne peut pas à la fois entrer dans l’Europe et garder intacts des pans entiers de souveraineté nationale ? Qu’on ne peut pas à la fois souscrire à la Charte des Nations Unies et continuer la Françafrique ?etc..

      bref, au risque de provoquer un tohu bohu, je dis que Jérôme Cahuzac n’est que le révélateur d’un certain nombre d’incohérences de notre pensée franco française, et que son bilan reste globalement très positif. Alors rangez votre pilori, et mettez vous au travail pour sortir de vos incohérences de pensée qui trouvent trop facilement des boucs émissaires pour nos problèmes franco français.

      bonne journée

      • B. Bougel dit :

        Que proposes-tu au fond Philippe ? Que nous abandonnions définitivement toute velléité de souveraineté ? Au profit de quoi ? de qui ?
        La « morale » politique viendra-t-elle de la mondialisation ?

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