Monsieur le Président, pourquoi ne nous dites-vous pas la vérité ?


2013 year of recession - tighten belt on number 2013La vérité, Monsieur le Président, est que le projet de budget communautaire 2014-2020 signe l’abandon de toutes vos (nos) ambitions pour l’Europe.
Pourtant vous avez salué l’accord obtenu comme un « bon compromis ».

Que vous n’ayez été suivi ni par David Cameron ni par Angela Merkel, passe.
Dans une Europe où la majorité des pays sont dirigés par des coalitions conservatrices (dont certaine, il y a peu, proposait même de « dérouler le tapis rouge » à nos entrepreneurs effrayés par les promesses – ou menaces – fiscales que vous fîtes), on peut comprendre.
Que vous ayez accepté un compromis pour « sauver » on ne sait quoi d’ailleurs (car David Cameron, encore lui, avait menacé de ne pas signer l’accord si l’on n’en passait pas par ses conditions, et on n’a pas trop de doute sur le fait qu’il aurait mis sa menace à exécution), passe encore.
Mais que vous exprimiez une quelconque satisfaction, je ne le comprends pas.
Je suis même choqué.

Certes, cela peut sembler discourtois vis-à-vis de ses partenaires de critiquer un accord après l’avoir paraphé. Mais la courtoisie, cette courtoisie là, est-elle de mise ?

Vous êtes l’un des seuls en Europe (mais Barack Obama en fait de même aux États-Unis) à relance de la croissancedéfendre l’idée qu’il faut relancer l’économie par des investissements communautaires à long terme et que, s’il faut maîtriser, voire réduire nos dépenses,  l’austérité collective ne conduira qu’à diminuer l’activité, donc les recettes fiscales et, par conséquence paradoxale, à accroître nos déficits tout en créant de la crise sociale.
C’est bien ce qu’observe par exemple le FMI qui, quel paradoxe, recommande aux États un peu moins d’austérité !

Que David Cameron salue ce projet comme un grande victoire, on peut le comprendre. D’emblée il avait annoncé qu’il venait pour réduire le budget.
Qu’Angela Merkel lui emboite le pas est plus étonnant et… inquiétant. Cela signifie en effet que le « couple » franco-allemand, qui, depuis les débuts de l’Europe, donne le ton et imprime son rythme à la construction européenne, ne fonctionne plus du tout.

De ce fait, François Hollande, vous êtes « condamné » à jouer l’opinion publique et à faire de la pédagogie.
Et la pédagogie ne consiste pas à dire qu’un accord où la seule chose qu’on a « sauvé » est la PAC (Politique Agricole Commune) est un « bon compromis ».
La France bénéficie de la PAC dont acte. Mais est-ce un investissement à long terme ? J’en doute fortement.
Dans mon inconscient, la PAC, c’est du passé. Mise en place en 1962 (oui, vous lisez bien : 1962) elle était destinée à moderniser notre agriculture.
árbol en las manosMécanisme hyper-complexe (ne comptez pas sur moi pour vous l’expliquer façon « la PAC pour les nuls ») elle ne semble satisfaire personne. Ainsi, par exemple, les éleveurs ne cessent de se plaindre d’être étranglés entre leurs coûts qui grimpent et leurs prix de vente qui baissent (mais cette baisse, curieusement, ne nous concerne pas nous pauvres consommateurs !).
A quoi sert alors la PAC ? A engraisser les grands céréaliers de Beauce qui perçoivent 5 milliards € d’aides, alors qu’ils ont totalement mécanisé leur exploitation et qu’ils ne créent  aucun emploi ?
Expliquez-nous, Monsieur le Président, en quoi le fait d’avoir sauvé la PAC prépare la France au monde de demain.

Monsieur le Président, vous voici contraint de faire de la politique. C’est à dire Large crowd of peopled’essayer de modifier des rapports de force qui ne vous sont pas favorables.
Ce n’est certainement pas en laissant accroire que nous sommes parvenus à un budget communautaire satisfaisant que vous ferez de la politique.

Dites la vérité non seulement aux français, mais à tous les européens : c’est un budget non seulement à courte vue, mais qui caricature jusqu’à l’outrance la dérive qui s’installe et qui, si nous n’y prenons garde, va nous tuer, à savoir le repli de chaque pays sur ses égoïsmes, la défense jusqu’au-boutiste de ses propres intérêts au détriment de la construction du seul ensemble susceptible de compter dans le monde qui vient : l’Europe.

La politique, Monsieur le Président, c’est certainement l’art du possible, mais c’est aussi le courage de dire.

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2 commentaires pour Monsieur le Président, pourquoi ne nous dites-vous pas la vérité ?

  1. famillerobin dit :

    Je note (en fait, non, on me signale) une grande convergence de ton point de vue avec celui de… Bernard Guetta…. et tout à coup, je comprends mieux pourquoi moi aussi je suis d’accord !!
    http://www.liberation.fr/monde/2013/02/19/et-si-hollande-s-inspirait-d-obama_882965

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