Mali : en route pour l’aventure


Serious middle eastern manDéjouant les calculs de nos stratèges, la coalition islamiste réunissant AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique), le MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) et Ansar Dine est passée subitement à l’attaque, cherchant à pénétrer la partie du Mali encore sous « contrôle » gouvernemental.
Cette attaque était prévisible. L’annonce ayant été faite (?) qu’une intervention militaire ne pourrait se réaliser que dans plusieurs mois, il semblait assez naturel que les assaillants n’attendraient pas l’arme au pied. Ils s’étaient d’ailleurs regroupés ces derniers jours sur la ligne de démarcation.

Cette attaque s’effectue face à un vide politique sidéral, doublé d’une incapacité militaire effarante à Bamako. Le « gouvernement », empêtré dans des querelles de pouvoir (qui « gouverne » d’ailleurs ? On est en droit de se le demander), ne peut que faire appel à son allié le plus sûr : la France.

Le Président Hollande a ainsi décidé de lancer la France dans une intervention directe dans le conflit alors qu’il en avait écarté l’éventualité peu avant, parlant d’un simple « soutien ». A l’appui de cette décision commence d’ailleurs un déferlement en boucle de « propagande » télévisuelle : Rafales décollant dans la nuit dans un terrible vacarme, Transall débarquant du matériel et des hommes à Bamako, cartes détaillant le terrain des opérations (on se croirait presque dans un jeu vidéo), véhicules militaires patrouillant dans des rues africaines (Bamako ? Mopti ?).
A quand l’hommage solennel aux premières victimes militaires ?World poverty
Car la guerre provoque des morts. Chez les militaires naturellement (mais, après tout, n’est-ce pas les risques de leur métier ?) mais également, et surtout, chez les civils. On a bien vu comment, en Afghanistan par exemple, les « bavures » nous ont rapidement aliéné la sympathie des populations.

On ne peut que s’étonner qu’un Président puisse ainsi, sans débat parlementaire préalable, engager nos forces armées dans une opération de cette nature.
Certes la Constitution le fait « Chef des Armées ». Mais lui donne-t-elle le droit de déclarer la guerre ? En ce sens François Hollande ne se comporte pas différemment de ses prédécesseurs qui nous ont entraînés dans les opérations afghanes et libyennes notamment.
Notre démocratie en est-elle grandie ? Dans quelle autre grande démocratie, le chef de l’exécutif peut-il prendre une telle décision ?
Que je sache, la patrie n’est pas en danger, l’attaque n’est pas soudaine, un débat parlementaire n’eût-il pas été utile ? Au bout de combien de morts français la belle unanimité de façade de l’ensemble de la classe politique (à l’exception notable de Dominique de Villepin, et, dans une moindre mesure, de certains écologistes) volera-t-elle en éclats ? Un vote aurait été un grand moment de démocratie et, qui plus est, aurait engagé bien davantage nos élus.

wCar, bien que les assaillants ne soient pas très nombreux (tout au plus quelques milliers), ils sont surarmés, et connaissent parfaitement le terrain. Nous nous engageons dans un conflit qui risque de durer longtemps et dont les issues politiques nous échappent totalement. Voire n’existent pas à l’heure actuelle.
Pourtant nous connaissons bien les problèmes de la région. Ils ne sont pas nouveaux. La réponse militaire ne masque-t-elle pas un manque de vision politique ? L’empressement de la classe politique dans son ensemble à soutenir cette intervention en est la manifestation la plus inquiétante.
Parodiant Georges Brassens, je suis tenté de dire « mourir pour des idées, d’accord, mais… quelles idées ? ». Ne trouvez-vous pas que les arguments en faveur d’une guerre contre le terrorisme sentent le déjà-entendu ?

Les précédents irakiens, afghans, libyens nous ont pourtant largement montré que ces opérations comportent de grands risques sans que les contreparties (géopolitiques, économiques, humaines) ne soient réellement au rendez-vous.
Mais qu’importe, puisqu’il faut y aller, allons-y gaiement !

Je suis très attaché affectivement au Mali. J’y ai des amis que j’ai aidés à construire leur entreprise.
Je ne crois pas que nous puissions nous substituer à eux pour défendre leur pays.Statue of Liberty. New York, USA.
Où est la mobilisation générale qu’une telle agression devrait susciter ? Le peuple malien veut reconquérir le nord ? Qu’il s’enrôle et prenne les armes. Manifester dans les rues n’est pas suffisant. La patrie est en danger ? Où est le Danton malien ?
Bamako nous donne le spectacle pitoyable de luttes de pouvoir alors que l’union nationale devrait prévaloir face au danger mortel de cette attaque. Les politiciens maliens vont-ils pouvoir poursuivre leurs petits jeux stériles derrière le rempart de l’armée française ?

Si un tel sursaut patriotique devait se produire, alors notre aide prendrait tout son sens.
Mais ne devrait-elle pas être d’ordre logistique, formation, fourniture d’armements, support médical, plutôt que d’intervention directe sur le terrain ?
Depuis quand avons-nous gagné une seule bataille outre-mer ?

A défaut de Danton, de mobilisation générale, d’union nationale, l’heure n’est-elle pas venue de chercher des alliés chez les Touaregs ? Comme je l’ai déjà dit dans une précédente chronique, ils ont toujours été soigneusement tenus à l’écart de la gouvernance de leur territoire. Après avoir été, par opportunisme, les alliés des islamistes, ils en sont devenus leurs meilleurs ennemis.

« Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » dit l’adage. Peut-être faut-il que le Mali soit en danger de mort pour s’en sortir.

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6 commentaires pour Mali : en route pour l’aventure

  1. jeanclaudepiet dit :

    Je suis nouveau sur ce blog. Ne m’en voulez pas si je ne suis pas dans le ton de vos « conversations » habituelles…
    Pour réagir à v os propos sur le Malui, je doute que l’on ait dans un court délai une mobilisation organisée de la société civile. Il nous faut attendre des élections pour avancer vraiment. Jusqu’à l’intervention française c’était impossible de les organiser dans le nord sous contrôle d’AQMI. Mais sachant que les dernières élections présidentielles s’étaient très bien passées on peut être raisonnablement optimiste. Le Mali sait faire. D’ici l’été ce sera peut être un peu difficile mais pourquoi pas.
    Je ne suis pas pleinement convaincu par notre ‘intervention militaire, mais je pense qu’il ne fallait pas consulter le Parlement avant de prendre la décision. Cependant un débat un peu plus soutenu que ce que l’on a vu à l’Assemblée n’aurait pas été inutile.

  2. mouttonc dit :

    La politique de la France en Afrique semble avoir bel et bien évolué depuis quelques années en dépit des interventions en Côte d’Ivoire et en Lybie. Interventions, qui cependant, avaient pour but de libérer le peuple d’une oppression radicale exercée par une diaspora minoritaire comme toujours.
    L’intervention de la France au Mali sous mandat de l’ONU s’incrit dans cette même approche de rendre la liberté de Vivre au peuple Malien. Vivre avec ses coutumes, ses rites et ses traditions ancestrales qu’aucune religion n’a le droit d’opprimer nulle part dans le monde.
    Au Mali, la situation devenait critique pour la souveraineté globale du pays. Pour une fois, la presse et l’opinion ne pourra pas dire que l’occident est intervenue pour le pétrôle, le gaz ou autre matière première mais pour libérer un peuple opprimé. Avez-vous eu l’occasion d’écouter les témoignages des maliens sur RFI ? Des mois qu’ils attendaient cet instant, disent-ils ! Enfin libres !
    Cette intervention au Mali tend à faire oublier un autre théatre d’affrontements : le Centrafrique. Ici l’attitude de la France est passée sous silence ! Or il aurait été simple de répondre favorablement à la demande d’aide urgente du président centraficain, le général Bozizé, à son homogue français, François Hollande. Là, je dis bravo à la France car notre refus d’intervenir pour stopper l’avancée des opposants a conduit le président centrafricain à réjoindre la table des négociations au Gabon pour une sortie de crise inéluctable. Résultat des négociations forcées : un nouveau premier ministre issu de la coalition des bellligérants sera nommé. Par son attitude, la France a obligé le pouvoir en place à négocier plutôt qu’à réagir par les armes.
    Aujourd’hui, la France semble être capable d’adapter progressivement sa politique d’intervention ou pas dans les affaires extérieures. De mon point de vue, là réside la nouveauté, .

  3. Bertrand dit :

    Je ne pense pas que des opérations militaires, quelles qu’elles soient, puissent faire l’objet d’un débat parlementaire. Le tempo ne serait pas le bon pour prendre des décisions au moment opportun : car toute opération sur le terrain est toujours question d’opportunité, comme le disait notre Bonaparte.
    Anticiper le mouvement par rapport à des annonces faites sur le délai est une tactique indispensable si on veut en retirer quelques bénéfices. Cette fois le Président Hollande ne peut pas être accusé de louvoyer et de gagner du temps …
    Au total notre cher Président n’est-il pas en train de succomber à cette bonne vieille règle politique, qui consiste à essayer de se redorer le blason en politique extérieure, quand il ne brille guère à l’intérieur? La preuve, à voir la réaction de la classe politique …
    Mais le plus dur sera de s’en sortir proprement et à temps!
    Quant aux supposés intérêts économiques pour la France, quelle société française est-elle capable d’envisager des investissements dans un tel contexte?

    • B. Bougel dit :

      Lorsqu’on n’anticipe pas suffisamment, c’est toujours comme cela que ça se termine : des opérations montées dans l’urgence et, du coup, pas le temps d’en débattre. Il ne s’agit nullement d’une opération commando nécessitant le secret (comme par ex. l’opération en Somalie) mais de la participation à une véritable guerre.
      A mon sens le débat parlementaire aurait largement eut le temps de s’installer.
      Pour l’instant, en effet, François Hollande tire des bénéfices sondagiers de cette décision. Mais pour combien de temps ?

  4. Philippe Jean dit :

    Ce n’est pas Danton ni Robespierre qui ont sauvé la France au final mais Bonaparte !
    On peut même dire que les deux premiers ont largement contribué à « donner le spectacle pitoyable de luttes de pouvoir » en transformant la Révolution Française « populaire » en un régime de Terreur auto-destructeur.
    Pour poursuivre le parallèle, il faudrait effectivement une Révolution Malienne « populaire » qui prenne le pouvoir. Ça serait un bon début. Certains pays du Maghreb l’ont fait. Pourquoi pas le Mali…

    • B. Bougel dit :

      C’est tout de même le Comité de Salut Public qui a lancé la mobilisation générale grâce à laquelle notre pays a pu résister à l’invasion des alliés, ce dès 1793. Le Coup d’Etat du 18 brumaire n’interviendra que 6 ans plus tard !
      Je ne vois pas l’ombre d’un tel Comité à Bamako.
      Mais qui sait ? Un Bonaparte sommeille-t-il dans le capitaine Amadou Sanogo ?

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