Barack Obama : four more years ! So what ?


« Four more years ». Tel est le déjà célèbrissime tweet envoyé par Barack Obama pour annoncer sa victoire. Immédiatement relayé par tous les médias du monde.
Car ils se sont tous (et singulièrement les nôtres) mobilisés pour nous faire vivre (parfois jusqu’à la nausée – n’avons-nous pas déjà vécu notre propre campagne présidentielle il y a peu ?) la préparation puis l’évènement planétaire que représente l’élection du 45ème  Président des Etats-Unis d’Amérique.

Barack Obama est donc réélu. Les foules, éplorées ici, enthousiastes là, ont manifesté. Pas le même engouement (on parlait alors d’Obamania) qu’il y a 4 ans, mais encore beaucoup d’intérêt.

On peut se demander pourquoi. Car quelle chance a cet évènement, réputé planétaire, de modifier le cours des choses ?
Aux Etats-Unis probablement. Le bilan du Président sortant, sans être flamboyant, est toutefois visible : sauvetage de l’industrie automobile, couverture maladie, etc. Pourtant, sous son mandat, les inégalités ont continué à se creuser, la cupidité du monde financier à prospérer, « Occupy Wall Street » s’est agité dans la quasi indifférence de l’exécutif.
On comprend donc la mobilisation locale. En matière de politique intérieure, les différences entre les valeurs et les programmes des candidats sont bien visibles, sur la fiscalité, la conception de la famille, l’aide aux plus démunis. L’élection de Mitt Romney aurait probablement changé le quotidien de l’américain moyen.

Mais sur la scène mondiale, notamment européenne, le bilan de Barack Obama est indigent, consacrant le déclin inexorable du leadership des Etats-Unis. Indigne et des espoirs que son élection avait (probablement à l’excès) suscités et de ce qu’on pouvait attendre de la 1ère puissance mondiale.

Quatre grands chantiers l’attendaient : le Proche-Orient, l’Afghanistan, le nouvel ordre mondial, la préservation de la planète. Quel bilan pouvons-nous tirer ?

S’il a réduit le contingent militaire américain en Irak (mais en laissant ce pays dans une situation très instable) il n’a, en revanche, rien fait pour relancer et faire progresser le processus de paix en Palestine. On ne peut pas conclure qu’il a échoué. Il n’a simplement rien entrepris. Pourtant il avait déclaré, lors de son discours du Caire le 4 juin 2009 : « J’ai l’intention de rechercher personnellement cette solution [2 états souverains] avec toute la patience que la tâche requiert ».
Son attitude vis-à-vis des printemps arabes a été essentiellement opportuniste et réactive. Il avait pourtant déclaré au Caire : « Je suis venu chercher un nouveau commencement entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, qui se fonde sur un intérêt et un respect mutuels ». Des paroles oui, des actes point. 
Plus grave encore, son indécision vis-à-vis de l’Iran a ouvert une brèche béante dans laquelle se sont engouffrés des acteurs inattendus (Brésil, Argentine, Turquie) aux objectifs passablement flous.
Bref ! Au Proche-Orient, la situation est toujours aussi explosive, voire davantage avec le conflit syrien et les menaces d’intervention d’Israël en Iran.
Barack Obama apparaît crûment impuissant à faire progresser la paix dans cette région.

L’Afghanistan reste une plaie ouverte. Guantanamo n’a pas été fermé. Infirmant ses promesses de campagne Barack Obama a triplé la présence militaire américaine dans le pays, s’aliénant la fragile sympathie des afghans après de multiples bavures (et d’innombrables morts civiles) et désespérant ses alliés qui commencent à se retirer sur la pointe des pieds. Aucune solution politique n’est réellement en vue. Il est à parier qu’elle ne viendra d’ailleurs pas des Etats-Unis et de leurs alliés (même s’ils accompagnent le mouvement), mais des afghans eux-mêmes qui vont finir par négocier entre eux pour sortir de l’impasse.
Son seul « succès » (ou présenté comme tel à grands renforts de communications soigneusement distillées) est l’exécution de Ben Laden. Dans des conditions plutôt malsaines d’ailleurs. Et pour quel résultat objectif ? Ben Laden n’était déjà plus guère qu’une « marque », le mal était déjà fait, la violence islamique déjà pandémique. Le monde est-il devenu plus sûr depuis sa disparition physique ?
En politique intérieure américaine c’est sans doute un succès. En accroissement de la sécurité dans le monde et en amélioration de l’image des USA (et plus généralement de l’Occident) dans le monde arabe, on ne peut certainement pas l’affirmer.

Je serai  intéressé de savoir ce qu’en pense le jury qui, un peu prématurément, l’a récompensé par avance d’un Prix Nobel de la Paix !

La Chine, désormais 2ème économie mondiale (avant d’en devenir la 1ère ?), fait entendre sa voix. Chacun est devenu le 1er partenaire économique de l’autre et l’un détient 1,000 milliards $ des dettes de l’autre. Chine et USA peuvent difficilement se passer l’un de l’autre. Pour l’anecdote (mais est-ce vraiment anecdotique ?) la fille du futur dirigeant chinois Xi Jinping étudie à Harvard (comme d’ailleurs la plupart des enfants des dirigeants chinois)…
Après une tentative de Barack Obama de créer un G2 (tentative avortée, tant mieux pour nous européens), les relations diplomatiques sont plutôt tendues, la Chine rallumant quelques brûlots territoriaux avec ses voisins (notamment avec le Japon à propos des îles Senkaku), qui, de ce fait, demandent sa protection à leur allié américain. On peut s’attendre à voir la Chine accentuer sa pression dans sa sphère d’influence géographique. Mais, malgré leur puissance de feu (bien supérieure à celle des chinois), on imagine mal les Etats-Unis intervenir dans un conflit « local » qui ne menacerait pas directement leurs intérêts ni leur sécurité.
Au plan économique, Barack Obama n’a pas pu forcer la main aux chinois pour ré-évaluer le yuan de façon à obtenir un meilleur équilibre des échanges, pas plus qu’il n’a réussi (mais l’a-t-il seulement entrepris) à ce qu’ils clarifient leur paysage réglementaire et ouvrent davantage leurs marchés à nos entreprises.
Enfin Barack Obama n’a aucune considération pour l’Europe à laquelle il n’a accordé aucune visite (en dehors des G20). Pourtant, n’ayant plus ni la volonté ni les moyens d’être les policiers du monde, ne devrait-il pas rechercher des alliances face à la Chine ?

Enfin, sur le dernier dossier de la préservation de la planète, le bilan est tout aussi mince : sa tiédeur a pesé lourd dans l’échec de la conférence de Copenhague de décembre 2009, il n’a pas souhaité ratifier le Protocole de Kyoto et si les rejets nationaux de gaz à serre ont (légèrement) baissé, c’est en grande partie en raison de la récession économique. Le fait que les forages pétroliers offshore aient à nouveau été autorisés, quelques mois après l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en avril 2010, sans qu’on puisse parler d’avancées significatives sur le front de la sécurité, ternit encore, s’il en était besoin, son bilan écologique.

Bref, à l’Obama du « Yes we can » ne doit-on pas substituer l’Obama du « No we cannot » ?

D’où mon interrogation : Four more yours ? So what ?

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3 commentaires pour Barack Obama : four more years ! So what ?

  1. Jacques dit :

    bonjour Bernard je vois aussi sous la houlette de Obama les EU et meme le canada se lancent à corps perdu dans l’extraction des gaz de shiste pour reduire leur facture energetique et l’europe (en dehors peut etre de la Pologne ) est timorée qui sans en etre à l’extraction pourrait travailler sur la localisation plus precise (la France semble privilégiée ) et surtout la mise au point de techniques propres (meme si veolia semble dire qu’ils maitrisent ) car énergétiquement cela semble incontournable .Un petit mot dessus?

  2. Bertrand dit :

    Bonsoir Bernard,
    Je partage ton analyse sur les grands axes. Ce qui m’a frappé des thèmes de campagne (tels que relatés en France) c’est la polarisation des débats sur des valeurs et des problématiques de politique intérieure, et non extérieure. Pas étonnant alors que les résultats que tu rappelles soient aussi minces, car cela ne pèse pas beaucoup dans le vote des américains.

    • B. Bougel dit :

      Comme chez nous, l’américain moyen (celui qui fait partie des 99%) n’est préoccupé que par ce qui touche sa vie au quotidien. Tant qu’une menace n’est pas perçue comme immédiate, elle n’existe pas.
      C’est au politique à éclairer l’avenir. Mais, démocratie oblige, le politique, pour se faire réélire, n’a pas trop intérêt à évoquer les problèmes, surtout s’ils paraissent lointains.
      En l’occurrence la « menace » chinoise sur la suprématie américaine me semble réelle et… proche. Mais quel politique pourrait évoquer le « déclin de l’empire américain » ?

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