La confiance, l’éthique et la participation citoyenne


Les français n’ont plus confiance en leurs hommes (et femmes) politiques.

Ils le disent dans leurs votes. En s’abstenant parfois massivement (ex. les récentes élections cantonales).
Aux élections législatives la tendance est à une nette augmentation de l’abstention qui a gagné près de 15 points entre les années 1960 (~23%) et les années 2000 (~37%).
Aux élections européennes, la tendance est encore plus marquée : près de 20% de plus d’abstention entre les 1ères élections (1979) et les dernières (2004).
Seules les élections cantonales et présidentielles montrent une stabilité du taux d’abstention : autour de 40% pour les 1ères et de 20% pour les 2ndes.

Et, pour être abstentionniste, faut-il encore être inscrit sur les listes électorales !
Il n’y a pas d’études sur cette non-inscription, mais les chiffres cités mentionnent environ 15% des personnes en âge de voter non inscrites sur les listes électorales. Ce chiffre était estimé à environ 10% dans les années 80.

Par conséquent, seulement 7 français en âge de voter sur 10 choisissent leur Président de la République. A peine plus d’1 français sur 2 choisit son député.

Or, si voter est un droit, c’est un devoir civique. Dans notre démocratie représentative, c’est même LE devoir civique par excellence.

Que traduit se désintérêt croissant de nos concitoyens vis-à-vis de cet acte majeur que constitue l’élection ?

Je vous engage à lire l’étude intéressante (anonyme) d’un étudiant ( ?) de Sciences-Po Bordeaux à ce propos.

Les Français disent qu’ils n’ont plus confiance dans leurs politiques dans les enquêtes et études consacrées à ce phénomène.
Ainsi par exemple une enquête du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) de janvier 2011 (Baromètre confiance en politique – Vague 2) illustre assez bien ce phénomène.

Ci-après quelques illustrations.

Aucune fonction politique (à l’exception notable du maire, personnalité la plus accessible) ne suscite un élan de confiance ! Et encore cette confiance s’érode-t-elle de façon significative depuis un an.
La comparaison avec la vague 1 (janvier 2010) montre une dégradation générale de cette appréciation.

83% des personnes interrogées estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas de l’opinion des citoyens.

D’où un avis largement négatif (et qui se dégrade) sur le fonctionnement de la démocratie en France !

Pire : les partis politiques sont les organisations en lesquelles les français font le moins confiance (encore moins que l’OMC et bien moins que l’UE) !

Et pourtant, paradoxalement, « voter aux élections » semble être le vecteur d’influence le plus important ! Bien davantage que « manifester dans la rue » ou « faire grève ».

D’où des sentiments très négatifs vis-à-vis de la politique.

Alors quoi ? Résorption progressive du clivage droite-gauche, impression d’entendre toujours les mêmes discours, les mêmes débats, avec des solutions qui, au final, ne semblent pas si éloignées les unes des autres ? Désenchantement face à des problèmes de fond jamais résolus (chômage, insécurité, …) ? Sentiment d’incompétence des électeurs qui n’a pas toutes les cartes en main pour faire son choix (« je ne comprends rien à la politique ») ?

Ou méfiance accrue vis-à-vis des politiques, sentiment que ces « gens-là » appartiennent à un autre monde, qu’ils ne les représentent pas ? Défiance face aux scandales et aux « affaires » financières (mais n’ont-elles pas toujours existé ?) ? Notre système aurait-il engendré une aristocratie élective ?

Sentiment de marginalisation de classes sociales affaiblies (jeunes, chômeurs, …) ?

L’abstention est-elle un choix politique ? De plus en plus de voix s’élèvent pour comptabiliser le vote « blanc ». Peut-on parler d’une abstention contestataire ? Alternative au vote extrême ?

Bien sûr le vote n’est pas tout en démocratie. Il existe d’autres formes de manifestation de sa citoyenneté : militantisme (associations notamment, les partis institutionnels et les syndicats étant plutôt en perte de vitesse – cf. étude CEVIPOF supra), blogging, etc.

Quelles sont les pistes ?

  • Le statut de l’élu : nos élus ne sont pas représentatifs de la diversité sociologique, démographique, ethnographique ; ce sont en grande majorité des hommes, des blancs, des fonctionnaires ou des professions libérales ; cela ne tient-il pas en partie à la garantie d’emploi dont ces catégories professionnelles disposent ? Comment « démocratiser » les élections (ex. il y a ~6 millions de fonctionnaires en France, soit 20% de la population active, alors qu’ils sont près de la moitié à l’Assemblée Nationale) ? – voir un article intéressant.
  • Le non-cumul des mandats, voire la limitation du nombre de mandats : ceci éviterait de créer des castes, rajeunirait les élus (la « professionnalisation », présentée comme nécessaire vu la complexité des enjeux, n’est-elle pas porteuse d’une coupure quasi-automatique entre les élus et leurs électeurs ?).
  • Plus qu’une éducation civique un véritable « enseignement politique » permettant de sensibiliser les jeunes aux enjeux de notre société.
  • L’obligation de vote, comme en Belgique par exemple.
  • Une justice davantage indépendante du pouvoir politique qui aurait à cœur de traquer et de sanctionner les « affaires » de toute nature (conflits d’intérêt, abus de pouvoir, etc.) pour mettre fin au sentiment d’impunité ressenti par les électeurs.
  • Un renforcement du rôle institutionnel de l’opposition parlementaire (cf. la Grande-Bretagne – voir à ce sujet un article intéressant).

Monsieur le futur Président de la République, je vous pose cette question : « Comment comptez-vous lutter contre la désaffection croissante des français vis-à-vis des élections, retisser le lien de confiance entre les citoyens et leurs élus, en somme revitaliser notre démocratie ? ».

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Un commentaire pour La confiance, l’éthique et la participation citoyenne

  1. Henri-Paul Soulodre dit :

    Cet excellent article pose bien la question du phénomène de désintérêt général de beaucoup d’anciens « citoyens » du pays France vis à vis de la sphère politique.
    Cela est un fait incontestable, bien étudié ici dans sa réalité sociologique. Néanmoins cela est un « symptôme ». Le symptôme de quel mal ?

    J’aimerais bien avoir l’avis de l’auteur sur les causes les plus probables de ce phénomène…

    Je rejoins l’auteur au moins sur l’une de ses propositions : celle de rendre au moins certains votes obligatoires, comme un « devoir » lié à la possession de la nationalité francaise. Pour les non résidents, bien que souhaité, l’obligation me semble moins fortes.
    Sur ce sujet, j’avais il y a quelques temps fait sur le site du Club des Vigilants une proposition un peu iconoclaste mais au moins bien compréhensible par chacun, même si elle lui semble étonnante…
    Celle d’instituer pour chaque citoyen un « permis de voter », expression concrète de sa qualité de citoyen. Ce permis de voter serait susceptible d’être supprimé et ainsi pourrait remettre en question le principe ( jamais réfléchi) d’être automatiquement citoyen c’est-à-dire, une personne qui a droit à la parole sur la vie de la Cité par opposition à ceux qui ne l’auraient pas.
    Il n’y a pas d’exclusive dans ma proposition sur le « profil » des personnes qui auraient accès à ce droit de voter, cette marque originale par un ACTE VOLONTAIRE REGULIER de participer à la vie de la Cité. Par contre, sauf raison valable, cela ne serait plus acquis ad vitam aeternam.

    Bien sûr on peut voir cela comme une contrainte et plus personne dans notre pays n’accepte la moindre contrainte mais au moins le fait que beaucoup de gens préfèreraient devenir des « citoyens » au rabais que de VOTER ne serait plus incontestable.
    Ensuite, au lieu de mesurer le « consensus » sur une question de  » vie de la Cité » (politique) sur des citoyens du pays.

    Pour disposer d’un instrument officiel sur ce permis de voter, on pourrait imaginer un « dispositif à points » qui aurait l’avantage de mesurer dans la durée le désintérêt et la protestation sous-jacente des électeurs en lissant les anomalies d’absence de vote dues aux aléas de la vie..

    Voir : http://www.clubdesvigilants.com/archives/2005/12/le-permis-a-points-une-mesure-de-securite-democratique/#more-101

    Mais au fond, l’une des raisons de ce désintérêt si elle semble être la perte de confiance dans les « dirigeants politiques », cette perte a sans doute pour origine leur « nouvelle impuissance » dans leur rôle et leur fonction du fait de leur perte d’influence réelle sur l’avenir à court et à long terme de la vie de la Cité, la Cité étant ici en fait le « pays » ou la « nation ».

    L’idée de « Citoyen du monde » n’a pas encore permis à quelqu’un de voter et c’est sans doute là aussi l’une des causes du problème. Les leviers les plus forts et les plus stratégiques ne sont plus entre les mains de nos « politiciens », sauf de petites choses.

    Nos gouvernants sont devenus uniquement les DRH des pays, chargés de faire régner l’ordre dans l’entreprise France, de négocier avec les syndicats et les représentants des citoyens, de valoriser le « capital humain », de le former professionnellement pour qu’il soit directement « utilisable et consommable » par une économie de plus enplus pilotée uniquement par une « finance » mondialisée et apatride….

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