Retrouver la confiance dans le politique, grande cause nationale ?


Le résultat des dernières élections cantonales confirment que la France est réellement et profondément « abîmée » (le mot est de Martine Aubry et j’y souscris).

Pas par les réformes qui se sont faites. Qu’elles aient été nécessaires (ex. la réforme des retraites, le RSA, la taxe professionnelle) ou moins justifiées, voire inutiles ou nuisibles (ex. la loi TEPA et son fameux bouclier fiscal, la carte judiciaire), leurs injustices éventuelles pourront être corrigées, si d’autres gouvernements avec d’autres priorités viennent « aux affaires » (j’adore cette expression « aux affaires » parlant d’un gouvernement ; j’espère qu’on sous-entend « publiques » bien que la réalité m’incline à penser qu’on ne sous-entend malheureusement rien ; je préférerais qu’on parle des « devoirs publics » !). Quoi de plus normal qu’un gouvernement fraîchement élu fasse des réformes qu’il a annoncées et pour lesquelles il a été mandaté par ses électeurs ? C’est le jeu normal de la démocratie. Aux électeurs de le sanctionner dans les urnes.

On pourrait se dire qu’ils l’ont fait puisque l’UMP est largement défaite. Mais c’est plutôt la France elle-même qui l’est : 55% d’abstention. 55% de citoyens qui n’ont pas jugé utile d’exercer leur « droit » de vote (je préférerais là encore parler de leur « devoir » !). Alors que les tunisiens, égyptiens, yéménites, syriens, bahreïnis, libyens, etc. le réclament au prix de leur sang !

La France a perdu ses valeurs. Alors que le mot « Fraternité » trône encore fièrement sur le fronton de nos mairies (et pourtant il a fait débat pendant près d’un siècle, avec ses frères « Liberté » et « Égalité », pour y avoir droit de cité !) où est la France fraternelle ? A coup de discours d’exclusion et de stigmatisation (les musulmans qui « prient dans la rue » et qui portent le voile, les Roms dans leurs camps illégaux, les jeunes des banlieues à nettoyer d’urgence « au Kärcher »), de « débats » sulfureux et biaisés (l’identité nationale, la laïcité), de « dérapages » verbaux savamment distillés (Hortefeux, Guéant, …) nos dirigeants ont désigné les « ennemis de l’intérieur ».
Tous ces sujets posent naturellement de vraies questions. Mais n’est-ce pas justement la mission – noble – du politique que d’y apporter des solutions dans le respect des personnes et des valeurs de la République ?

La France n’a plus confiance en ses hommes et femmes politiques. Déjà bien entamée sous les présidences antérieures, cette confiance n’a pas résisté à tous les mauvais coups auxquels elle a été confrontée sous l’actuelle : les mesures d’exception très symboliques (un Président dont la 1ère décision est d’augmenter son indemnité de plus de 140%, les régimes spéciaux de retraite des parlementaires – si avantageux pourtant – épargnés par la réforme globale, …), les relations incestueuses avec les puissances d’argent (soirée électorale au Fouquet’s, vacances en yachts ou dans de luxueuses résidences d' »amis », vacances tunisiennes de MAM, …) auxquelles il faudra bien « renvoyer l’ascenseur », les passe-droits (WE en avion du Premier Ministre dans son fief alors qu’il n’est qu’à 1h de Paris par le TGV, protection policière de la maison de Christian Clavier – un ami du Président – en Corse, …). Les élus des autres pays développés d’Europe (Grande Bretagne, Allemagne) sont plus modestes et respectueux des deniers et du droit publics. Leurs écarts (car il y en a : le pouvoir corrompt) sont sanctionnés par une démission immédiate.
Où est la « République irréprochable » que nous promettait le candidat Sarkozy en 2007 ? Le politique ne se sent-il pas tenu de donner l’exemple ?

Plus encore : la France n’a plus confiance en la politique, tout simplement. A coup de promesses non tenues (vous savez : celles qui n’engagent que ceux qui les croient !), de petites manœuvres politiciennes (le « ni-ni » de l’UMP aux dernières élections, les contorsions des « peut-être candidats » du PS), de petites phrases (comme les adorent tant les journalistes), de déclarations ou de mesures démagogiques (les lois « compassionnelles » en réponse à des faits divers, loi sur le voile intégral, …). Comment aimer cette « politique » là ?
De « vision » de la place de la France dans un monde qui change, dans une économie globalisée, point ! De réponses concrètes aux questions que se posent nos concitoyens qui souffrent (précarité, emploi, pouvoir d’achat, …) pas davantage.
Ou plutôt si : celles du FN. Le Président et l’UMP sont tétanisés et pilotent à (courte) vue. Le PS travaille – en grand secret – à son « projet » (vivement le 5 avril prochain !).

Or la politique (du grec politikos, ce qui concerne la cité) ne se résume pas à la pratique du pouvoir (et donc des luttes pour le conquérir, le conserver). Chez Platon et Aristote  la politique était l’art de rendre les hommes vertueux et heureux. Cet « art » est plutôt celui de la morale. Laquelle devrait cependant toujours réguler la politique.
Car j’aime à penser – et je vous propose d’accepter cette définition – que la politique est l’ensemble des actions visant à organiser et développer une société, ses rapports internes et avec les autres ensembles, d’une manière harmonieuse et en visant à maintenir sa cohésion. Avec une telle définition, la politique ne devient-elle pas une des plus belles activités humaines ?

I have a dream : une société plus fraternelle, des hommes politiques soucieux de donner l’exemple, de vrais projets de société entre lesquels nous pourrions nous déterminer démocratiquement … C’est fou non ?

Faire que nous retrouvions confiance dans le politique devrait être décrété grande cause nationale. C’est urgent !

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6 commentaires pour Retrouver la confiance dans le politique, grande cause nationale ?

  1. Philippe Jean dit :

    Bonjour,

    @Bernard : You made a dream mais nous ne sommes pas américains. Ou alors, comme MLK, il faudra attendre 40 ans (élection d’Obama). Perso, c’est un peu long ! J’adhère évidemment à cette vision idéale de la politique malheureusement, en France, le système politique est verrouillé : les mêmes peuvent faire carrière pendant 40 ans, voire plus. Alors que, pour continuer la comparaison avec les USA, l’espérance de vie d’un homme politique me semble beaucoup plus courte et les destins beaucoup plus fulgurants. Qui connaissaient Obama, Reagan ou Clinton 5 ans avant leur élection en tant que président ? Qui ne connaissaient pas Mitterand, Chirac ou Sarkozy 15 ans avant leur élection ? Tout est dit. La France est tellement conservatrice…

    @Gilles Mas : J’adhère complètement avec l’idée d’un bulletin de vote « Selon moi, aucun des candidats en présence ne mérite mon vote ni le droit de me représenter ». A mon sens, et pour être moins provocateur, le vote blanc s’il était comptabilisé remplirait parfaitement cet office. Dans la mesure où il ne l’est pas, le citoyen qui pense comme cela n’a que l’abstention comme recours.
    J’ajouterai, concernant les 55% d’abstention aux Cantonales, que cela envoie un message très clair à nos hommes politiques : les Français votent massivement contre le maintien des Départements et des Conseils Généraux. Car, dans le même temps, ils sont 85% à aller voter pour élire le Président de la République en 2007 et ils seront certainement aussi nombreux en 2012. Preuve qu’ils ne se désintéressent pas de la vie politique et que, lorsque cela a de l’importance, ils vont voter.

  2. pabougel dit :

    Force est de constater que je suis assez d’accord avec Marraine. S’il fallait un retour de balancier à la hauteur et qu’il intervienne au travers des urnes, alors comptes-tu voter Besancenot? Nous savons tous les 2 que le FN n’est pas envisageable et que le « projet » du PS n’aboutira jamais à quelque chose de « spéctaculaires ». Alors que faire?

  3. Gilles Mas dit :

    Que pensez-vous de ceci ?

    Un moyen simple pour mesurer la quantité de dégout de beaucoup de citoyens ?

    GM

  4. bougel dit :

    Oui il y a du boulot.
    Mais la prise de conscience est en cours. C’est une 1ère étape.
    Abandonner un combat avant de le mener n’est ce pas trop défaitiste ?
    L’histoire nous a déjà montré que le balancier, lorsqu’il va trop loin, provoque des retours spectaculaires. C’est un de ces retours que j’appelle de mes vœux.
    Le goût du pouvoir est un moteur assez naturel de l’action qu’il ne faut pas gripper. Et avec lui celui du gain. Après tout les responsabilités méritent salaire.
    Mais actuellement la machine est complétement déréglée, l’appât (normal) du gain est devenu rapacité, l’exemplarité n’est plus valeur.
    Mais cet « ordre » n’est pas immuable.
    Sarkozy nous promettait une « République exemplaire ». Qu’il n’aie pas tenu sa promesse n’implique pas qu’elle soit totalement irréaliste.
    La prochaine élection (présidentielle) sera l’occasion de questionner les candidats.
    Pour ma part j’ai bien l’intention de m’en saisir.

  5. Nicole dit :

    Eh ben, y’a du boulot !! Je ne voudrais pas me montrer défaitiste ni te décourager, ce que tu écris est magnifique, et je ne peux qu’adhérer, mais je ne crois pas un instant que nos hommes politiques, de quelque bord qu’ils soient, sachent se montrer un jour aussi « fraternels » et » soucieux de donner l’exemple » ainsi que tu l’appelles de tes voeux !!! Leur seul but dans la vie (politique), leur seul credo, j’en ai peur, est « du pouvoir et de la thune » ! J’ai bien peur que nous soyons plusieurs millions à penser de même, ce qui ne veut pas dire que nous ayons raison évidemment !! Mais il faut reconnaître que rien, absolument rien , ne nous encourage à penser autrement ! Pour ma part, je suis complètement écoeurée, au point que je me demande si je vais encore me servir de ma carte d’électrice au prochain scrutin !!!

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