Sommes-nous réellement menacés par l’islam ?


Oui. C’est que répète en boucle Marine Le Pen qui qualifie les prières de rue dans Paris d’ « occupation », n’hésitant pas à comparer cette « occupation » à celle de la France par les nazis. On ne fait pas dans la dentelle au FN ! Mais il est vrai que Marine Le Pen a troqué l’antisémitisme de papa Le Pen pour l’islamophobie, bien plus rémunératrice au plan électoral (cf. les sondages de ces derniers jours).
Mais, ne nous y trompons pas, Marine Le Pen est redoutable car, au delà de ses provocations verbales, ses arguments sont forts (application stricte de la loi sur l’interdiction des prières dans la rue – cette loi existe en effet -, arrêt des subventions aux associations communautaristes – tiens ! verserait-on des subventions à des associations cultuelles musulmanes ? – contrôle strict des financements étrangers – elle vise là les financements de l’Arabie Saoudite pour la construction de mosquées).
Elle parle d’obtenir une « loi de séparation de la mosquée et de l’État », à l’instar de notre « loi de séparation des églises et de l’État ». Très fort !

Oui, c’est ce que semblent sous-entendre l’UMP et son chef Jean-François Copé, plus dans la subtilité (si l’on peut dire), moins dans la provocation en tout cas, qui veulent ouvrir un « débat sur l’Islam ».
Sur le principe, dès lors que la question interpelle (le mot est faible) bon nombre de nos concitoyens, pourquoi ne pas ouvrir un débat ? Il est vrai qu’un débat sur le christianisme ou le judaïsme ne semble pas s’imposer. Ces 2 religions font tellement partie de notre culture et de notre histoire. Mais pas l’islam.
Sur quoi portera le débat ? Les annonces des uns et des autres ne sont pas là pour nous rassurer. Entre stigmatisation d’une catégorie de nos concitoyens, amalgames et propos franchement racistes tout est à craindre et surtout le pire. Fillon et Juppé, les « sages » de service du gouvernement, ne s’y trompent d’ailleurs pas qui se désolidarisent autant qu’ils le peuvent de cette aventure ultra-risquée. Grâces leurs soient rendues.
Car au final, je suis convaincu que notre société ne sera pas mieux après ce « débat » qu’avant. Pour tout dire, je suis convaincu qu’elle sera plus mal.

Mais revenons-en à l’islam. Ne le confondons pas avec l’islamisme. Ce dernier est une doctrine qui s’appuie sur le choix et l’interprétation des textes qui constituent la charia (le Coran et la sunna, la jurisprudence).
Que je sache, personne ne milite en France, et surtout pas les musulmans, pour une république islamique. Ils sont suffisamment « échaudés » dans leur très grande majorité par les excès de leurs coreligionnaires fondamentalistes en Iran, Arabie Saoudite ou ailleurs. Même les récents révolutionnaires tunisiens et égyptiens ne s’en réclament pas !

Nous avons donc devant nous une question religieuse. Nous avons déjà eu ce problème à régler dans la 2nde partie du XVIème siècle avec la Réforme. Ça s’est très très mal passé : plus de 35 ans de guerres de religion. Il a fallu toute la sagesse du « bon roi » Henri IV pour y mettre fin avec l’Édit de Nantes.

La question est de savoir si notre société peut tolérer une autre religion que celles qui sont pratiquées depuis toujours, à savoir le christianisme (y compris ses variantes protestantes) et le judaïsme.

Au plan rationnel force est de constater que la France rassemble à la fois la plus grande communauté juive et la plus grande communauté musulmane d’Europe. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en afflige, c’est une réalité, le résultat de l’Histoire. Devons-nous dès lors engager une 8ème croisade (la 7ème s’est mal terminée, par la mort de St Louis, pour nous en 1270) ? Ou plutôt rechercher les conditions d’une coexistence qu’il faudra bien assumer in fine ?

Au plan moral (le plus important à mon avis) pouvons-nous accepter de renier une des valeurs de notre devise : la fraternité ? Qu’ils se réclament du Christ ou de Yahvé, quels sont ceux qui, en conscience, peuvent dire que les musulmans ne sont pas nos frères humains ?
Mais, une fraternité, cela ne se décrète pas, cela ce crée. Par le partage, d’expériences, de rites, de tranches de vie. Faute de quoi nous restons des étrangers les uns pour les autres.
Et c’est bien là que le bât blesse. Nous ne partageons plus en commun qu’avec des « communautés » composées de clones de nous-mêmes. Et encore, le moins possible. Les jeunes qui, pourtant, composent des « communautés » à l’infini dans les réseaux sociaux ne sont-ils pas seulement dans le virtuel ?
Nos existences se sont progressivement étiolées, resserrés, étriquées. Il faut donc inventer des moyens de s’ouvrir, de partager avec les autres.
J’ai le projet d’y consacrer un prochain article.

Revenons à nos musulmans. Bien sûr on va m’objecter que leurs prières dans les rues, leurs exigences pour que des horaires soient réservés aux femmes dans les piscines, leurs voiles et sans doute bien d’autres choses nous gênent. C’est sûrement vrai ici ou là.
Mais tout ceci ne résulte-t-il pas d’un manque de volonté politique au plus haut niveau pour régler ces problèmes ? Voire même d’un choix délibéré de laisser pourrir ? Qui peut raisonnablement penser que ces problèmes sont insolubles ?

Le problème est donc politique avant tout. C’est dire que, par les temps qui courent et avec l’élection présidentielle qui se profile, nous sommes mal partis ! Je crains fort que les petits calculs tacticiens tiennent lieu de projet de société.
Car au lieu de faire de la pédagogie, de chercher ce qui nous rassemble, nos dirigeants se taisent (le PS est littéralement « tétanisé » et inaudible) ou caressent sans vergogne les sentiments les moins nobles – c’est une litote – (le FN). Quant à l’UMP, il est déchiré entre ceux qui poursuivent la chimère (suicidaire ?) de moissonner électoralement les terres frontistes (tendance Copé) et les humanistes (tendance Borloo).
Notre Président, bien loin d’être le garant de la cohésion sociale qu’il devrait être, en rajoute avec ostentation en célébrant notre héritage chrétien. Il a raison : nous devons certainement le célébrer. J’en suis personnellement très fier.
Mais est-ce le Président de la République (laïque) ou le Chanoine de St Jean de Latran qui s’exprime ?

Quant à notre fameuse loi sur la laïcité votée en 1905 à l’instigation d’Aristide Briand, je ne vois pas qu’elle doive être modifiée. Elle me semble parfaitement adaptée à notre temps. Rappelons-nous qu’elle a mis fin à 25 ans d’affrontements entre cléricaux et anti-cléricaux (qui ont culminé avec l’affaire Dreyfus). La remettre en chantier ouvrirait forcément un « front » très risqué alors que nous avons par ailleurs tant de défis qui nous attendent (l’avenir de nos jeunes, la fuite de nos cerveaux, la désindustrialisation de nos régions, le projet européen – que j’appelle de mes vœux -, etc.)

Alors, de grâce (c’est le cas de le dire !), faisons de la pédagogie tout azimut, expliquons sans relâche aux uns et aux autres les règles du vivre ensemble, facilitons la pratique de leur religion à nos frères musulmans, appliquons les lois de la République avec fermeté, mais avec respect.

Inventons des rites en commun. Partageons un projet.

Et tâchons, tous ensemble, de garder notre pays dans le concert des grandes nations … N’est ce pas infiniment plus motivant ?

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Un commentaire pour Sommes-nous réellement menacés par l’islam ?

  1. famillerobin dit :

    Merci pour cette analyse une nouvelle fois fort pertinente et pleine d’humanisme.

    Je voudrais ajouter que le FN tire tous-azimuths et qu’il est capable en même temps de critiquer de façon véhémente la construction de mosquées et de crier ensuite à « l’occupation » lorsque faute de lieux de culte les musulmans pratiquants s’installent dans les rues.

    Enfin une coquille à corriger sur l’année de la loi sur la laïcité qui n’est pas si ancienne que ça …
    Bruno

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