C’est quoi cette fameuse « affaire Cassez » ?


Comme moi vous vous posez peut-être des questions sur cette « affaire » qui revient à l’ordre du jour avec fracas. Pourquoi Florence Cassez devient-elle un tel enjeu entre la France et le Mexique ? Une affaire d’État, Florence Cassez ? C’est incompréhensible.

Naturellement, au 1er degré, une française dont on nous raconte qu’elle n’a pas bénéficié d’un procès équitable, qui est emprisonnée pour … 60 ans (elle ressortira à 91 ans !), alors qu’elle clame son innocence. On peut trouver que c’est choquant.

Mais bon ! Le Mexique n’est pas une république bananière, pas un « vulgaire » Tchad (l' »Arche de Zoé » en 2007 ça vous rappelle quelque chose ?). C’est une démocratie, de plus de 110 millions d’habitants … Ça interpelle. Non ?

Rappelons quelques faits.

1) Florence Cassez est arrêtée en décembre 2005 (5 ans déjà !) et accusée d’être la complice de son ami (amant ?) Vallarta Cisneros avec lequel elle vit depuis plusieurs mois. Elle l’a rencontré l’année précédente par l’intermédiaire de son frère Sébastien, installé au Mexique où il a créé une entreprise.
Or Vallera Cisneros a reconnu dix enlèvements et un meurtre et est considéré comme le chef d’une bande mafieuse (la « bande du Zodiac ») spécialisée dans une industrie très prospère au Mexique : le rapt en vue d’obtenir rançon. Et on n’y donne pas dans la dentelle là-bas … Les morts se comptent par centaines.

2) Son arrestation a été soigneusement mise en scène par la police mexicaine (avec présence des caméras de télévision dûment prévenues – on imagine facilement à quoi ça ressemble n’est ce pas ? Vous vous souvenez des interventions très « scénarisées » de notre propre police dans quelques quartiers sensibles ?). Banal en somme pour nous, même si c’est choquant !
Sur l’instruction de son dossier par la police et le déroulement de son procès les avis divergent selon les parties. Évidemment, la mise en scène de l’arrestation, reconnue par les autorités mexicaines, jette comme un doute sur tout le dossier. Comme nous ne sommes pas juristes, que nous n’avons pas d’éléments objectifs, il est difficile de se faire une idée.

La justice mexicaine a tranché et nous n’avons rien qui puisse établir l’iniquité de ce jugement.
Et là n’est sans doute pas le problème.

3) Condamnation à 96 ans de prison, rejet de pourvoi par la Cour Suprême du Mexique, réduction de peine de 96 à … 60 ans en appel. Le temps passe. Nous sommes déjà en mars 2009. C’est à peu près à ce moment qu’on commence réellement à en parler en France et que l’opinion publique (du moins les médias) s’émeut.
Les politiques s’en mêlent. On parle même d’un transfèrement de Florence Cassez en France. Tout semble pouvoir s’arranger.

Puis tout part en vrille …

Que s’est-il passé ? Si l’on en croit la presse mexicaine citée par Courrier International de la semaine du 17 au 23 février (article de Miguel Angel Granados Chapa dans Vanguardia intitulé « Paris vaut bien la tête d’un ministre »), l’arrestation de Florence Cassez est l’une des « réussites » qui ont permis à Genaro García Luna (un personnage très … controversé), alors patron de l’Agence Fédérale du Renseignement (l’équivalent mexicain du FBI ou de Scotland Yard) de briguer puis d’obtenir le portefeuille de Ministre de l’Intérieur soutenu par le Président Felipe Calderón qui est un peu en délicatesse avec son opinion publique : la lutte contre la criminalité organisée est devenue un thème électoral porteur là-bas et, en berne dans les sondages, le Président caresse son opinion dans le sens du poil.

Ça vous fait penser à quelque chose ? A quelqu’un ?

Et du côté français ? Là c’est carrément Grand Guignol ! Notre classe politique se déchaîne, droite et gauche confondues.
Au lieu de travailler dans la discrétion, de mettre en action une diplomatie intelligente, que voit-on ?
Une Ministre des Affaires Étrangères (notre MAM nationale, toujours engluée dans ses mensonges et omissions à propos de ses vacances tunisiennes) qui convoque à grands roulements de tambour l’Ambassadeur d’un grand pays ami pour dénoncer « un déni de justice », qualifier de « décision inique » le rejet du pourvoi par la Cour de Cassation de Mexico, et annoncer que « ça aura des conséquences ».
Sont-ce là des propos responsables dans la bouche d’une Ministre des Affaires Étrangères de la France ?

Un Président de la République qui, comme de coutume, donne dans le compassionnel, ameute l’opinion publique française et instrumentalise l’affaire en dédiant l’Année du Mexique à Florence Cassez.
Le rôle d’un Président de la République n’est-il pas de prendre de la hauteur, de calmer le jeu et d’agir avec sérénité, diplomatie et efficacité ?

Une première Secrétaire du PS, Martine Aubry, qui propose « dès maintenant aux collectivités locales dirigées par des socialistes de ne pas participer aux manifestations organisées dans le cadre de l’année du Mexique en France et d’annuler celles qui dépendent d’elles » et demander « avec force au gouvernement mexicain de prendre ses responsabilités ». Et, joignant le geste à la parole, la voici qui annule les manifestations prévues à Lille et nomme Florence Cassez « citoyenne d’honneur de Lille » …
Martine ! A quel jeu joues-tu ? A « Je te tiens tu me tiens par la barbichette » ? Ou « à c… c… et demi » ?

Alors ! Allons-nous envahir le Mexique pour libérer Florence Cassez ? Avons-nous dans la manche un nouveau Napoléon III prêt à débarquer à Veracruz ?

Cette attitude néo-colonialiste ne nous grandit certainement pas sur la scène internationale. Le mexicain qui  sommeille en moi a envie de hurler devant tant d’arrogance et d’irresponsabilité. Ce tapage médiatique est indécent et me fait honte pour mon pays.

Je ne sais pas si Florence Cassez est coupable ou non. Je ne sais pas si son procès a été équitable ou non (quoique je me demande quel intérêt aurait eu le Mexique à ne pas faire un procès équitable). Je trouve ahurissant que quelqu’un puisse être condamné à 60 ans de prison (mais Madoff ne l’a-t-il pas été à 150 ans dans un pays pourtant pas classé parmi les pays les moins démocratiques ?). Les lois du Mexique sont ainsi faites. Vu la gravité des faits qui lui sont reprochés, en Chine ou aux États-Unis elle aurait peut-être été condamnée à mort, chez nous à perpétuité avec une peine de sûreté de 25 ou 30 ans (et probablement relâchée pour bonne conduite au bout de 20 ans). Quels sont les meilleurs régimes ?

Que dirions-nous si les mexicains (ou d’autres) venaient nous donner des leçons de justice et d’équité après la condamnation d’un de leurs concitoyens impliqués dans une affaire d’enlèvement crapuleuse ?

J’en conclus 1) Que le « cas » Florence Cassez n’a rien d’humanitaire comme on voudrait nous le faire croire. 2) Que nos politiques l’instrumentalisent pour leurs besoins de (basse) politique interne : MAM pour faire oublier son escapade tunisienne, Sarkozy pour « labourer », comme il le fait régulièrement, son terreau populiste, Aubry ? Tiens au fait pourquoi joue-t-elle dans cet orchestre-là ? Pour occuper le terrain médiatique avant que DSK ne lui chipe la vedette à l’occasion du G20 ?

Revenons à la raison. Remettons en marche des relations normales avec le Mexique. Arrêtons d’exciter les foules.

Travaillons sereinement.

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5 commentaires pour C’est quoi cette fameuse « affaire Cassez » ?

  1. Nicole dit :

    Certes, je ne connais pas tout de l’affaire Cassez, loin s’en faut, et, d’ailleurs, j’apprécie le petit cours que tu donnes, j’y découvre des choses que j’ignorais totalement. Ceci dit, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle n’a pas eu le procès équitable qu’il aurait fallu et qu’en tout état de cause il a été entaché d’irrégularités. N’oublions pas que ce M. Calderon a été réélu de façon pas très nette, et que, dans un pays où les enlèvements et les meurtres sont monnaie courante (c’est le cas de dire !), voilà une belle occasion de se faire de la publicité auprès de l’opinion publique, surtout si c’est une étrangère, ça aura forcément plus de retentissement !! Certes, le Mexique, comme tu le dis, n’est pas une république bananière, mais, sans vouloir lui faire injure, je ne prendrais pas sa justice comme modèle d’équité !! Quant à la réaction de nos branquignols politiques, c’est tellement lamentable que ça laisse sans voix ! Ils naviguent tellement à courte vue, qu’ils ne se sont même pas rendu compte du désastre qu’ils sont en train de générer !! Et devinez qui va payer les pots cassés (surtout si ce sont des antiquités mayas !! 🙂 ) ???
    Reprendre des relations normales avec le Mexique ? Ca va être difficile et nos diplomates vont avoir fort à faire, surtout qu’ils ne sont pas non plus en odeur de sainteté par le pouvoir en place qui ne fait pas grand-chose pour leur faciliter la tâche !

  2. Philippe dit :

    Ce qui est le plus désolant, c’est le comportement de la classe politique française dans son ensemble. Une telle situation se gère par la diplomatie sans faire de bruit… Si cela avait été le cas, Florence Cassez finirait de purger une peine plus légère en France et nous ne nous serions pas en froid avec le Mexique !
    C’est une gestion indigente et indigne.

  3. Vava dit :

    J’aime !
    Oups, c’est vrai, on n’est pas sur FB, ici il faut écrire un peu plus que 2 ou 3 mots…
    Alors je vais tenter le coup : je suis tellement d’accord avec toi… franchement, ça me fout les glandes, cette histoire, comme disait quelqu’un qu’on connaît bien… je m’étonne qu’on n’ait pas encore dégainé une nouvelle loi, tiens… et je suis un peu déçue, effectivement, de la réaction de M. Aubry. J’aurais attendu plus de circonspection et de discrétion de sa part…

    Ooooohhhh, mais je viens de découvrir le petit bouton « J’aime » !!! Trop fort, p’pa !!

  4. Marion dit :

    Merci pour ce petit récapitulatif très intéressant.
    Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait que nous n’avons aucune légitimité pour remettre en cause la décision de la justice mexicaine. Je ne suis d’ailleurs pas convaincue de l’innocence de Florence Cassez … Après tout, quel intérêt aurait le Mexique à la condamner si elle était vraiment totalement innocente ?
    Je trouve également que le tapage médiatique fait par la classe politique française sur ce que je qualifie de ‘fait divers’ (Florence Cassez n’est pas la seule française emprisonnée à l’étranger pour des faits graves et tous ne sont certainement pas innocents) assez ridicule.
    Quand MAM va-t-elle enfin se décider à démissionner ??

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