Vous avez aimé les bonus 2009 ? Vous allez adorer les bonus 2010


Près de la moitié des professionnels de la finance anticipent un bonus 2010 supérieur à celui de l’an dernier, selon un sondage réalisé pour le site d’offres d’emploi eFinancialCarreers.fr : « Malgré la tendance au durcissement des règles en la matière, la quasi-majorité (48%) des 627 professionnels de la finance travaillant en France, interrogés par eFinancialCareers, s’attendent en effet à recevoir un bonus 2010 supérieur au bonus attribué au titre de l’année 2009 (année pourtant exceptionnelle sur les marchés – Goldman Sachs avait distribué à elle seule 16 milliards $ de bonus – contrairement à 2010 !). Ce chiffre est toutefois plus élevé aux Etats-Unis (50%) et au Royaume-Uni (57%). »

Ces banquiers sont d’ailleurs très optimistes pour l’avenir (on le serait à moins !). Toujours selon le même site : « En cas de durcissement en Europe des règles liées au versement des bonus, 56% se disent prêt à faire leurs cliques et leurs claques. New York, Genève et Hong-Kong sont, sans surprise, leurs terres d’asile favorites. ».

Et le bouclier fiscal alors ? Il ne les retiendra pas ?

Aux Etats-Unis également, si l’on en croît La Tribune (et comment ne pas la croire ?), le temps est également au beau fixe : « Les 35 institutions financières passées en revue dans l’enquête devraient verser 144 milliards $ de rémunérations en 2010, soit 5 milliards de plus que l’an passé. »

Attention à ne pas faire d’amalgame : il ne s’agit pas de « banquiers » comme on le croit trop souvent (ceux-là font honnêtement leur boulot de financer l’économie par des prêts aux entreprises ou aux particuliers, comme ils le font depuis le Moyen-âge). Il s’agit d‘une autre race : les « financiers« . L’amalgame se fait car les établissements financiers dans lesquels ils opèrent sont, le plus souvent, filiales des banques que vous connaissez vous et moi. Et si ces financiers-là accaparent 25% des rémunérations alors qu’ils ne représentent que 10% de l’emploi, c’est parce qu’ils génèrent 50% des profits (aux USA en tout cas).

Donc il ne faut pas espérer que les banques vont mettre fin spontanément à ces jeux subtils, compliqués (ils sont basés sur des modèles mathématiques si complexes que seuls quelques experts en comprennent le fonctionnement et … les risques) et … tellement rémunérateurs. D’autant que, si les profits sont privatisés, ils savent que les pertes seront socialisées (on l’a bien vu pendant la crise de 2008). Pas grand risque pour eux donc, sinon celui de perdre leur boulot. Mais, avec de pareils espoirs de gains, qui ne prendrait pas ce risque. C’est face je gagne, pile tu perds.

Ainsi donc, pendant la crise, les profits continuent … Et les crises reviendront inévitablement, puisque rien n’est réglé.

Bon ! Je vous entends d’ici : « En quoi cela me concerne ? » « De toute façon je n’y comprends rien ! » « On le sait bien que rien n’a changé mais que peut-on faire ? ».

Je crois que c’est une véritable bombe auprès de laquelle le réchauffement de la planète est un aimable divertissement. Cette bombe peut et va faire péter la planète bien avant que les palmiers ne poussent à Paris ! Il est donc important de comprendre ce qui nous menace. D’autant plus que nous serons, en dernier ressort, les actionnaires de ces établissements lorsqu’il s’agira de mettre la main à la poche. Si nous le pouvons encore.

De quoi s’agit-il ? Essayons de faire simple. Il s’agit d’une activité utile au départ, puisqu’elle cherche à minimiser les risques pesant sur les opérations : les risques de taux. De la même façon que les entreprises cherchent à couvrir les risques de taux de change (de façon à ne pas être pénalisées par des variations entre la prise de commande et la livraison), les établissements financiers cherchent à se couvrir contre les variations des taux d’intérêt. C’est un peu compliqué pour les non-initiés que nous sommes, mais là n’est pas la question. Et il n’est pas utile d’aller plus loin dans la technique financière. Bien sûr les experts qui me liront (s’il y en a) diront que je simplifie à l’extrême …

La question c’est de connaître les enjeux et les risques. Cette activité, initialement destinée à protéger les opérations de l’économie réelle (et donc utile et créatrice de valeur), s’est montrée tellement lucrative que les établissements financiers ont vu là un moyen de gagner toujours davantage d’argent. Et, leur créativité aidant, ils ont multiplié et complexifié à l’infini les « véhicules » (comme on dit) de couverture. Au point que, aujourd’hui, ce business est quasiment complétement déconnecté de l’économie réelle (par « économie réelle » on entend l’économie qui produit des  biens et services destinés aux entreprises et aux particuliers). Un seul chiffre pour montrer cette déconnexion : dans le monde pour 1$ échangé dans l’économie réelle, c’est plus de 20$ qui sont échangés sur ces marchés financiers. Vous avez bien lu : 20 fois plus d’échanges sur les marchés financiers que sur les marchés de biens et de services. Soit 4000 milliards $ par jour. A titre de comparaison le PIB de la France c’est environ 3000 milliards $ par an et les USA environ 15000 milliards. Là on parle de 4000 milliards $ par jour ! Une bombe je vous dis !

C’est un marché très lucratif (cf. les bonus qu’on peut y gagner et les profits que font les établissements concernés) mais … très très risqué. Pourquoi est-ce si risqué ? Parce que l’effet de « levier » devient énorme, trop énorme par rapport aux « vraies » richesses créées par les économies du monde (mesurées approximativement par les PIB dont il est question plus haut). Et que si des « accidents » se produisent sur ce marché « virtuel », c’est bien l’économie réelle qui va encaisser les a-coups (ces « accidents » se répercutent en effet dans les bilans des entreprises concernées, risquant de les ruiner).

Bon ! Maintenant qu’on a pris conscience des enjeux et des risques quoi faire ?

Je vous propose d’évoquer les solutions dans un prochain article. Car, bien sûr, il y a des solutions. Vous savez bien : « Là où il y a une volonté … ». Il est probable que certaines d’entre elles seront évoquées à Davos, au Forum Economique Mondial qui se tient en ce moment. Mais je vous parie qu’on ne parlera pas des solutions les plus radicales et les plus efficaces. Car ceux qui bénéficient de ces salaires astronomiques (ce sont eux qui financent les campagnes électorales des politiques qui s’exprimeront) y veilleront …

Ouvrez grand vos oreilles maintenant que vous connaissez les enjeux !!! Ca en vaut la peine.

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